Les attentes du monde rural par rapport à l’action publique – 2

cahier-fonction-publique-bmLorsque j’étais préfète de Lorraine, région dont 37 % de la superficie est occupée par la forêt, surface ayant même tendance à s’étendre, j’ai dû gérer la grande tempête de 1999 et ses conséquences. C’était l’occasion de restructurer une filière de production. La France est déficitaire en bois alors qu’elle a un potentiel. Mais cela suppose des arbitrages qui ne sont acceptables que s’ils résultent de choix clairs et respectés dans la durée.

La conséquence de ces non-choix apparait de manière très directe dans les crises agricoles, comme on le voit aujourd’hui. Le débat sur le prix du lait n’est pas seulement conjoncturel. Il est tombé à 300 € la tonne en France, un accord partiel s’est établi à 340 €, ce qui ne couvre pas les prix de revient. Mais nos concurrents européens sont encore en-dessous et le prix spot sur le marché tourne autour de 200€. On invoque des concurrences déloyales, elles existent ; et la fin des quotas que les nouveaux mécanismes de régulation ne pallient pas. Mais il faut aussi admettre que l’on n’a pas suffisamment anticipé ces changements structurels et fait évoluer notre modèle de production vers une plus grande performance. Cela passe parfois par l’agrandissement des structures où l’on retrouve les conflits d’usage du foncier. Et nous ne sommes pas à une contradiction près, puisque l’on importe des produits d’élevage des fermes industrielles de nos voisins tout en les refusant chez nous. En réalité, c’est au moment où on définit les règles européennes et les mandats des négociations commerciales internationales que la question doit être posée et la réponse harmonisée.

« Entretien avec Bernadette Malgorn, conseillère régionale de Bretagne, ancienne préfète », in Les cahiers de la fonction publique, n° 356, juin 2015, pp 27-31