Quelle Bretagne dans un monde ouvert ? partie 11

Intervention bernadette Malgorn à l'association Bretonne. Quelle Bretagne dans un monde ouvertÉconomie résidentielle ou économie productive

La Bretagne vit encore très largement sur les lauriers du miracle économique qu’elle a connu dans les années soixante et soixante-dix. Et dont les effets se sont prolongés dans les décennies quatre-vingt et quatre-vingt-dix. Il est vrai que de 1990 à 2008, le produit intérieur brut breton a progressé plus vite qu’au niveau national. Le chômage y sévissait moins que dans les autres régions. La Bretagne avait plutôt mieux résisté au déclin de l’industrie grâce au poids de l’agro-alimentaire qui représentait plus du tiers de la valeur ajoutée industrielle bretonne. L’agriculture, la construction et la progression des services venaient renforcer notre capacité de résistance. Mais la crise, qui ne s’est pas arrêtée aux portes de la Bretagne, a mis en évidence des facteurs de fragilité déjà à l’œuvre depuis une dizaine d’années. J’en avais fait un diagnostic en prenant mes fonctions de préfète de la région Bretagne et proposé des actions dans le programme d’action stratégique de l’Etat en 2004.

De façon silencieuse, les piliers de l’économie régionale commençaient déjà à se fissurer, avant la crise. On a négligé la nouvelle donne en matière de transports et de logistique. On savait pourtant que l’industrie agro-alimentaire avait deux possibilités de localisation : auprès des sites de production, c’était la chance de la Bretagne ; ou auprès des sites de consommation, et nous en sommes éloignés. Nous devions donc consolider une production agricole intensive en investissant massivement pour qu’elle reste à la pointe de la qualité notamment sanitaire et environnementale ; moderniser nos outils industriels ; et nous donner les moyens de répondre au défi logistique en accélérant le désenclavement. Nous nous sommes battus aussi pour la mise à deux fois deux voies de la route nationale 164, la fameuse route du centre, entre Montauban-de-Bretagne et Châteaulin, qui aurait dû être la véritable route de l’agro-alimentaire breton. En 2014, elle n’est toujours pas achevée.

On a cru trouver la solution miracle dans l’économie de la connaissance et le développement durable prônés dans le sillage des stratégies européennes de Lisbonne et de Göteborg. Et la Bretagne a certes de solides atouts à faire valoir dans le domaine de la recherche et de l’innovation. Et pas seulement dans la communication ou les sciences de la mer. Mais la trop grande dispersion des soutiens régionaux ne nous a pas préparés à prendre une place à la hauteur de notre potentiel de compétences.

Nous avons glissé de façon subreptice voire sournoise d’une économie productive à une économie résidentielle. Là où la richesse et le travail résultaient des initiatives et des efforts locaux, ils tendent de plus en plus à se nourrir du déversement d’un pouvoir d’achat trouvant sa source à l’extérieur de notre territoire avec un poids de plus en plus important des retraites et des revenus d’assistance. Il ne s’agit pas, bien sûr, de limiter le développement des activités qui en résultent. Les services à la personne ou le tourisme génèrent de véritables activités économiques créatrices d’emplois. Mais ils doivent venir s’ajouter et non se substituer aux emplois industriels.

A suivre… Choisir entre la fibre et le TGV ?

MALGORN Bernadette, « Quelle Bretagne dans un monde ouvert ? », in Association Bretonne 2014, Nantes 141e Congrès, Tome CXXIII, pp 217-232, Atelier Liv’Edition, 2014