Quelle Bretagne dans un monde ouvert ? partie 3

Intervention bernadette Malgorn à l'association Bretonne. Quelle Bretagne dans un monde ouvertLe vieux pays de nos pères
Cette question de l’ouverture ̶ ou de la fermeture ̶ renvoie à celle de la limite, à celle de la frontière. Pour la Bretagne, la recherche de la limite occidentale est relativement simple : c’est le grand large et nous nous revendiquons « pen ar bed », début du monde – plutôt que bout du monde ! Mais tout ce qui s’étend à l’est forme une grande Europe aux contours encore incertains et dont nous serions le cap. Les confrontations géopolitiques les plus récentes ont remis à l’honneur la notion d’Eurasie qui élargit encore notre Orient. Songeons aux affaires d’Ukraine qui, après celles de Géorgie et de Crimée, viennent nous en apporter de douloureuses illustrations.
Mais évoquer la finitude du monde, c’est aussi observer l’évolution de son occupation. Nous sommes aujourd’hui plus de sept milliards d’habitants de la terre. La France représente 1% de la population mondiale et la Bretagne 5% environ de la population française.
Quand on se remémore l’âge d’or de la Bretagne ou le sommet de la puissance française, au tournant des seizième et dix-septième siècles, la France, avec ses vingt millions d’habitants, était le pays le plus peuplé d’Europe, Russie comprise ; le troisième pays au monde après la Chine et l’Inde. Et la Bretagne, avec ses quelque deux millions d’habitants, représentait 10% de la population française.
Comme vous le comprenez, j’attache une grande importance au facteur démographique. Les évolutions les plus récentes ont de quoi nous interroger. Certes, la Bretagne apparaît encore parmi les régions connaissant un réel dynamisme démographique. Mais celui-ci est fragile. Il se traduit par un vieillissement de la population, lié au retour des retraités et à une fuite des jeunes actifs.
Il voile d’importantes disparités entre l’est de la région encore dynamique et la pointe bretonne qui a perdu de son attractivité : moins d’activités, moins d’emplois, moins de jeunes ménages, moins d’enfants et moins de nouveaux arrivants. Le Finistère, qui a longtemps été le département le plus peuplé de la Bretagne administrative, s’est vu supplanté par l’Ille-et-Vilaine qui, avec plus d’un million d’habitants, ne vient toutefois pas encore chatouiller la Loire-Atlantique.
Avec sa forte densité de population, son habitat dispersé, ses besoins de terres pour une agriculture qui reste un pilier de son économie, son étalement urbain qui n’est pas le fait des seules métropoles, mais aussi des villes moyennes et des bourgs ruraux, la Bretagne connaît de nombreux conflits d’usage du sol et de l’espace.
On pourrait en dire autant de son espace maritime où les activités traditionnelles de la pêche, de la défense, de l’exploitation du sous-sol et du commerce ont vu surgir de nouveaux venus avec la plaisance ou les énergies marines renouvelables.
Nous sommes loin de la vision de cette Bretagne au foncier abondant et peu coûteux, qui fut l’un des facteurs de l’attractivité de la région et des déclencheurs de la révolution économique dans les années soixante.

A suivre… Un chemin démocratique vers l’harmonie

MALGORN Bernadette, « Quelle Bretagne dans un monde ouvert ? », in Association Bretonne 2014, Nantes 141e Congrès, Tome CXXIII, pp 217-232, Atelier Liv’Edition, 2014