Proximité des services au public en zone rurale

cahier-fonction-publique-bmLC : Les maisons de services au public sont donc une bonne idée pour la proximité ?

BM : Oui, à condition que le personnel soit formé. Il existe un haut degré du sens du service public et une forte internalisation par les personnels des préfectures et des sous-préfectures de la déontologie du service public. Cela fait partie de la « tradition maison », même s’il existe évidemment des « moutons noirs » comme partout. En confiant à des maisons de services au public une partie de ces fonctions, je pense qu’il faudra y mettre de la formation, de l’encadrement, du suivi et du contrôle. Cela suppose une certaine proximité. Dans le même temps, une partie importante de la règle n’est pas d’origine publique. Il faudra veiller à éviter les amalgames et les redondances.

LC : Que répondre à ceux qui ont l’impression que le monde rural est doté de services publics de seconde zone et devient le lieu où les urbains viennent se délasser ?

BM: Il est vrai que l’espace rural est encore considéré comme l’espace de l’expansion urbaine, qui aurait vocation à être urbanisé ou à accueillir les fonctions que le milieu urbain ne propose pas ou rejette. Le monde rural a parfois l’impression qu’il doit se défendre contre un monde urbain impérialiste. Mais le monde rural est souvent mieux doté en équipements publics que beaucoup de quartiers urbains. Cela peut aussi avoir des effets négatifs. Les communes rurales ont beaucoup investi dans des salles polyvalentes, piscines, équipements culturels, aidées par des subventions oubliant qu’elles seraient seules à supporter le coût de fonctionnement. Il fallait sans doute que monde rural rattrape un certain sous-équipement. Mais aujourd’hui les besoins ont évolué par exemple vers les soins ou les services à la personne liés notamment au vieillissement. Compte tenu de la mobilité des populations dans un bassin de vie, il convient plutôt aujourd’hui de raisonner en termes de facilités d’accès aux services et donc, là encore, de mutualisation.

 LC : Cela ne renvoie-t-il pas aux déficiences de l’intercommunalité ?

BM : Il y aurait beaucoup à dire ! La vérité c’est que dès lors qu’il y a une autorité élue, elle se sent redevable vis-à-vis du citoyen qui ne se préoccupe pas des champs de compétences. La difficulté c’est de trier parmi les multiples demandes celles qui correspondent à des besoins prioritaires et les autres. Au bout du compte, le régulateur va être la ressource, surtout dans le contexte de baisse des dotations.

« Entretien avec Bernadette Malgorn, conseillère régionale de Bretagne, ancienne préfète », in Les cahiers de la fonction publique, n° 356, juin 2015, pp 27-31