Hommage à Jean-Yves Cozan à la maison de la Rivière

 

hommage à Jean-Yves Cozan

Il y a un an disparaissait Jean-Yves COZAN, grand amoureux et défenseur de la Bretagne et Président du Parc Naturel Régional d’Armorique pendant 18 ans. Bernadette MALGORN a participé à l’hommage organisé ce samedi 18 juin à la Maison de rivière (Sizun), le centre de découverte de la rivière et du milieu aquatique fondé par Jean-Yves COZAN il y a tout juste 30 ans.

Cette cérémonie a été suivi de l’inauguration du nouveau chemin d’interprétation de la rivière.

 

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Hommage à Jean-Yves COZAN (1939-2015) par Bernadette MALGORN

paru dans les publications de l’Association Bretonne

« Je ne suis pas venu apporter la paix sur la terre, mais l’épée ».

Jean-Yves COZAN connaissait bien cette parole du Christ, rapportée dans l’Evangile de Matthieu. La paix sur la terre, l’harmonie entre les civilisations, le développement de la Bretagne, la défense de sa culture, la recherche du bien commun, non, tout cela ne nous est pas apporté sur un plateau ! Nous devons le conquérir. C’est à ce combat que Jean-Yves COZAN a consacré sa vie.

Son épée, ce sont d’abord ses convictions. Comme beaucoup de jeunes de son époque, il s’est forgé au creuset de la démocratie chrétienne. Comme toute une génération, il quitte un temps la Bretagne pour faire ses études : ce sera la sociologie en Sorbonne. Son ascendant sur ses camarades le pousse vite à la prise de responsabilités : l’équipe nationale de la Jeunesse étudiante chrétienne. C’est à Paris qu’il rencontre Françoise Le GALL, militante à l’Union Féminine Civique et Sociale et à la JEC, qu’il épousera. Nos pensées vont vers elle, leurs enfants Isabelle, Sophie, Olivier et Patrick, ainsi que leurs neuf petits-enfants.

Jean-Yves COZAN était Brestois, né en 1939 à Lambézellec. Fils d’un capitaine de la Marine Marchande originaire de l’île d’Ouessant, il ne pouvait effectuer son service militaire que dans la Royale : il servit comme psychologue pendant 24 mois, en tant qu’enseigne de vaisseau de 1ère classe.

A son retour à la vie civile, il est repéré par l’évêché de Quimper et Léon, qui édite un hebdomadaire « Le Progrès de Cornouaille et Courrier du Léon ». L’abbé Gaby BOUCHER, qui le dirige, fait alors appel à Jean-Yves COZAN. Le jeune journaliste, fidèle à la tradition finistérienne du catholicisme social, y épanouit ses talents. En 1965, le Progrès/Courrier est sécularisé et Jean-Yves COZAN en devient le directeur.

Observateur averti de la scène politique, économique, sociale et culturelle du Finistère, le bouillonnant Jean-Yves COZAN, rêve de passer à l’action. Il effectue ses premières armes au cabinet d’André COLIN, qui, après une carrière ministérielle sous la IVème République, est devenu président du Conseil général du Finistère. Très tôt, Jean-Yves COZAN a compris que l’avenir du Finistère passait par son développement économique et son désenclavement. Il devient alors l’infatigable animateur du Comité d’aménagement du Finistère multipliant les rencontres avec les chefs d’entreprise, les élus locaux mais aussi les partenaires sociaux. Il puisera et échangera des idées au club Idées et Action d’Alain MADELIN.

Il se lance en politique en se présentant aux élections municipales de Quimper en 1977 sur la liste du gaulliste Marc BECAM et devient adjoint au maire. Mais en fidèle Léonard, à la mort d’André Colin en 1978, Jean-Yves COZAN se présente sur le canton d’Ouessant dont il sera le dernier conseiller général. Il y accueillit Valéry GISCARD d’ESTAING. Il s’engage dans la politique nationale au sein de la jeune UDF. De mars 1986 jusqu’en 1997, il siègera à l’Assemblée nationale. Aucun domaine ne lui échappe de l’agriculture à la défense, et c’est toujours armé de son expérience bretonne qu’il contribue au débat national. Mais il y livre aussi un combat cher à son cœur, celui de la langue et de la culture bretonne, qui le fit connaître comme « le député Diwan ». Ce régionaliste convaincu ne se fera pas que des amis. Sa liberté de parole et d’action lui coûtera son investiture en 1997.

L’homme n’est pas du genre à baisser la garde. Si cette période de sa vie politique marque une rupture, c’est avec les états-majors parisiens, pas avec les Bretons. Lors des élections régionales de 1998, il présente une liste autonome dans le Finistère. Le score de l’homme à l’écharpe blanche lui permet de négocier une place au sein de l’exécutif présidé par Josselin de ROHAN où il sera vice-président en charge de la culture. Il met en œuvre sa vision d’une identité bretonne ancrée dans sa langue et dans ses traditions dont il organise la transmission et le soutien à la création mais en même temps ouverte sur le grand large.

C’est la même idée de l’universalité de la culture qui inspira son action à la tête de l’abbaye de Daoulas, site patrimonial du conseil général du Finistère, qu’il présida pendant quinze ans. On se souvient des expositions sur les Celtes, la Bretagne des ducs ou des orfèvres ; mais aussi des rencontres avec des civilisations trop oubliées comme celle des Inuits, des Mayas ou du Bouthan. Mais c’est la Chine, dont il présida le groupe d’amitié à l’assemblée nationale, qui exerça sur lui une véritable fascination. La Chine d’aujourd’hui avec laquelle il voulut en pionnier développer des échanges économiques ; la Chine d’hier quand il nous emmena dans un « voyage de l’âme », remontant le temps de plus de quarante siècles.

Pour son dernier voyage, nous l’avons accompagné, après un hommage officiel, catholique et breton, en la cathédrale Saint-Corentin, le 18 juin 2015, en cette terre d’Ouessant où il repose en paix. Combien de fois l’avait-il fait ce voyage, lui qui présida le service maritime départemental et ne cessa de se battre pour les liaisons aériennes entre l’île et le continent? Il voulait une île vivante où les jeunes puissent poursuivre des études, s’installer et travailler, où chacun puisse avoir accès aux soins. Mais il était aussi attentif à la protection de la nature et y favorisa l’action du parc naturel régional d’Armorique.

De son village de Toulalan, il fourbissait ses armes, n’ayant pas choisi entre le sabre et l’épée, combattant d’estoc autant que de taille. Mais c’est aussi de là qu’il pouvait vous entraîner dans une promenade méditative nourrie des sagesses d’Orient et d’Occident, sur les pas des voyages imaginaires de Victor SEGALEN.

« Avant de quitter l’Empire pour rejoindre son âme, il en a fixé d’ici le départ ».