Les interrogations de Bernadette MALGORN sur les transports publics à Brest

A l’occasion du conseil de Brest Métropole, le 30 mars 2018, Bernadette MALGORN, présidente du Rassemblement pour Brest,  est intervenue pour interroger le président de la Métropole sur la politique des déplacements et les transports en commun à Brest.

“Monsieur le Président,

Lors de notre dernière séance, le 26 janvier 2018, vous nous avez proposé de relancer la procédure de délégation de service public pour les transports en commun de la métropole désormais appelé Service public global de mobilité durable de Brest métropole. Nous n’avons pas donné notre accord compte tenu de l’ampleur des incertitudes pesant sur les besoins qui n’ont donné lieu à aucune étude spécifique. De la même manière nous nous interrogeons sur la possibilité de réaliser une mise en concurrence équitable dans la mesure où nous-mêmes, élus de la collectivité, ne disposons pas de l’information permettant d’établir un bilan quantitatif et qualitatif de l’exploitation par l’actuel délégataire. Dans l’abondante documentation (plus de 1000 pages) qui nous a été transmise, à ma demande, le matin même de notre réunion, le point de vue du délégataire apparaît, mais nulle part l’appréciation de la collectivité.

Nous avons demandé oralement et par courriers du 17 décembre 2017 et 07 février 2018, l’analyse des besoins vus par la collectivité : pas de réponse. Cette analyse a-t-elle été faite ? Auquel cas nous devons en disposer. Si elle ne l’a pas été, c’est un préalable au lancement de toute procédure qui autrement s’en trouverait faussée.

Il n’est en effet pas concevable que les seules données mises à disposition des postulants éventuels proviennent de l’un d’entre eux. Les conditions d’une concurrence loyale ne seraient pas réunies et la procédure entachée d’un sérieux biais.

On apprend aussi que sur la période de la nouvelle DSP  2019-2027, sont prévues l’étude et la réalisation d’un transport en commun en site propre. Si l’on en croit la presse, rapportant les propos du vice-président chargé des transports, une nouvelle ligne de tramway serait actée et on en serait déjà à définir le tracé et les arrêts.

Je me suis permis de m’étonner auprès de vous, Monsieur le Président, de ces précisions ne correspondant à aucun débat au sein de notre assemblée, ce qu’un fonctionnement démocratique aurait dû impliquer. Vous avez bien voulu, en réponse à mon courrier du 16 février 2018, m’écrire le 5 mars dernier qu’aucun choix n’avait encore été fait.

Vous avez programmé une dépense annuelle de 28M€ à charge de la collectivité pour le transport public. L’éventuel deuxième axe de TCSP, BHNS ou tram, c’est plusieurs dizaines voire centaines de millions supplémentaires. Avouez que cela vaut déjà la peine de savoir si c’est nécessaire. Nous proposons donc de faire une étude de besoin, indépendante de l’actuel délégataire en préalable à toute décision en la matière. Vous m’indiquez dans votre courrier que « les choix seront faits avant 2020, après études comparatives sur les modes (tramway fer ou BHNS), les tracés dans les quartiers, les impacts et, bien entendu, les possibilités financières de la collectivité. » Il manque juste l’analyse des besoins. En outre, la responsabilité de la réalisation appartiendra à l’équipe issue des prochaines élections. Il est dans la logique démocratique que le choix ne soit pas préempté par l’équipe en fin de mandat.

Le même flou règne s’agissant de la voirie dans l’espace métropolitain comme au niveau du pays de Brest. S’agissant du contournement nord-ouest, avec le problème du Restic, vous nous avez envoyé un cabinet de communication. Sur quelles bases avait lieu cette consultation ? Apparemment celles du dossier de 2008. Dix ans déjà !

Depuis lors, la création de nouveaux quartiers comme Messioual ou la Fontaine-Margot, la mise en service du tram et les modifications des lignes de bus, l’extension du Centre Leclerc et l’ouverture de nouvelles bretelles ont changé les données du problème. On ne peut sérieusement donner un avis sans disposer de données actualisées.

Nous vous avons aussi entendu, monsieur le président, tracer des perspectives grandioses autour de l’axe Penfeld Crozon. Nous savions déjà que vous ambitionniez de laisser la trace d’un bâtisseur. Nous découvrons maintenant un Hercule voulant remodeler la géographie et retrouver l’ancien cours de l’Aulne creusé par les variations glaciaires du pléistocène.

Revenons au 21ième siècle. Dans notre programme pour les élections de 2014, nous avions préconisé que l’aménagement du plateau des Capucins soit articulé avec les perspectives d’évolution de la Penfeld, notamment en matière de liaisons. La jonction entre les deux rives pouvait aisément s’organiser par le bas. Aujourd’hui vous réalisez que l’ouverture de la Penfeld pourrait offrir de nouvelles possibilités en matière de circulation et de transports. Il n’est que temps !

Nous serons invités tout à l’heure à donner un avis sur le projet de révision du SCoT du Pays de Brest, en tant qu’établissement membre du pôle métropolitain, autorité compétente en matière de transport et de programme local de l’habitat. Nous nous exprimerons lorsque ce rapport sera appelé.

Mais s’agissant des transports, nous ne pouvons que nous étonner d’une absence : alors qu’est évoqué le maintien de la possibilité d’une amélioration forte de la liaison ferroviaire entre Brest et Quimper, grâce à une nouvelle traversée de l’Elorn, et nous adhérons à cette sage précaution, rien n’est prévu concernant la ligne à grande vitesse. Pourtant le consensus, auquel nous avons adhéré, s’est porté sur le scénario bleu aménagé avec des sections de voies nouvelles à l’ouest de Morlaix, c’est-à-dire dans l’aire du SCoT du Pays de Brest.

Nous lisons avec étonnement, page 126 du rapport de présentation : « Les travaux sur la ligne Brest-Rennes ont été terminés en juillet 2017. Les modalités d’évolution de la desserte ferroviaire périurbaine entre Brest et Landerneau (500 000 voyages), voire vers Morlaix, restent à étudier, notamment en intégrant le second axe de transport en commun en site propre (TCSP) de l’agglomération brestoise connecté à la gare. »

Alors la section nouvelle à l’ouest de Morlaix, objet de nos revendications unanimes, c’est périurbain ou c’est destiné à la grande vitesse ? Dans le projet d’aménagement et de développement durable (PADD), on lit pourtant, page 10, entre parenthèses « (Brest et Quimper à 3 heures de Paris) ». Ce devait être un objectif prioritaire. N’est-ce plus qu’une dernière révérence à un rêve évanoui ?

Tout ceci manque de cohérence. C’est pourtant l’objet de l’exercice.

Un exercice qui devait se faire à la lumière des orientations nationales en matière de transition écologique et énergétique. A cet égard nous pensons que la réalisation des plans de mobilité d’entreprise de quelques gros employeurs de l’agglomération permettrait rapidement de voir plus clair sur l’évaluation des besoins.

J’émets le vœu que ces observations soient prises en compte dans la suite des travaux concernant les transports et la mobilité dans notre agglomération.”