Propos liminaires : Le développement économique de Brest

bernadette-malgornRassemblement pour Brest

Conseil de la Métropole – 4 mars 2016

Intervention de Bernadette MALGORN

Présidente du Rassemblement pour Brest


Monsieur le Président, chers collègues,

La persistance d’un chômage massif et la difficulté de notre agglomération à retrouver une attractivité économique sont pour nous des enjeux prioritaires. Notre Métropole doit assumer ses responsabilités.

Parmi les handicaps qui entravent ce développement, notre enclavement arrive en première ligne et ils ne sont pas rares les porteurs de projets et responsables d’entreprises qui, faute d’infrastructures de transport correspondant à leurs besoins, déplacent vers l’Est le centre de gravité de leurs activités.

L’actualité nous offre une nouvelle occasion de nous faire entendre. Ne la manquons pas, comme nous avons manqué le débat mobilité 21 et le débat public sur LNOBPL !

Je veux parler du référendum sur Notre-Dame des Landes ou plutôt de la consultation sur l’aéroport du grand Ouest.

Nous avons en effet entendu le président de la République, après une longue période d’attentisme, s’en remettre désormais à un referendum local, pour passer ou non à la phase de réalisation de ce grand équipement.

Nous ne sommes pas dupes de la manœuvre concomitante à un remaniement ministériel où l’on vit entrer au gouvernement des écologistes de différentes paroisses, mais unis dans l’hostilité à ce projet, et l’ancien premier ministre et premier magistrat nantais, qui en fut et reste le fervent défenseur.

La cacophonie ne devait pas tarder au sein même du gouvernement se focalisant sur le périmètre de la consultation : Loire-Atlantique, toute la région des Pays de Loire… et pourquoi pas au-delà ?

Ces débats qui pourraient ne relever que de l’arithmétique électorale cachent de véritables enjeux dont nous sommes parties prenantes.

Je ne vais pas ici faire la genèse de cette affaire, mais rappeler quelques jalons.

Quand a été lancée l’idée, il y a une quarantaine d’années, d’une grande plateforme aéroportuaire internationale dans l’ouest de la France, il s’agissait de répondre à la croissance du transport aérien et d’accompagner une dynamique d’équilibre du territoire.

Le projet a été relancé en 2000, par Lionel Jospin, Premier ministre, Jean-Claude Gayssot étant ministre de l’Equipement, des Transports et du Logement. Il répondait à la fois à des préoccupations d’urbanisme de l’agglomération nantaise mais aussi à l’ambition de délester l’aéroport de Roissy. La volonté affichée aujourd’hui par Aéroport de Paris de faire de Roissy le premier aéroport européen à l’horizon 2020 tempère cette ambition.

L’environnement qui a présidé à la naissance du projet de Notre-Dame des Landes a profondément changé. La construction d’une telle infrastructure ne peut se concevoir sur le seul critère du transport des passagers. Il est temps de le replacer dans une perspective plus globale, celle de l’aménagement du territoire.

Comment a évolué le grand Ouest au long de cette période ? Développement économique et croissance démographique ont créé une forte dynamique. Cet espace a gagné en attractivité et supplanté les régions d’ancienne industrialisation du nord et de l’est de la France. Cela ne suffit cependant pas à justifier la création d’un nouvel aéroport.

Dans le même temps, l’élargissement de l’Europe vers l’est  a changé son centre de gravité  vers un axe Rhénan  au détriment de l’Arc Atlantique.

Dans ces conditions, c’est tout l’Ouest et tout particulièrement la Bretagne et plus encore sa pointe occidentale qui se sont trouvés de fait éloignés des centres de décision, des nœuds d’échange, des pôles de créativité et de développement. Cette position géographique est redevenue un véritable handicap.

Le désenclavement de la Bretagne, en grande partie assuré, sous l’impulsion du général de Gaulle, par le plan routier breton, redevient d’une cruelle actualité. Si la partie orientale de la Bretagne tire son épingle du jeu, il est patent que la pointe bretonne connait un décrochage territorial, démographique et économique.

C’est à la lumière de ces constats que l’on doit replacer le projet de l’aéroport du grand ouest.

Dans une optique d’aménagement du territoire, un consensus breton s’était forgé entre responsables économiques et élus bretons promouvant la réalisation simultanée de trois projets :

  • la prolongation de la ligne à grande vitesse à l’ouest de Rennes pour mettre Brest et Quimper à trois heures effectives de Paris ;
  • l’achèvement de la mise à deux fois deux voies de la RN 164
  • l’aéroport.

Voilà les trois piliers d’un aménagement équilibré et harmonieux de la Bretagne autour des trois zones métropolitaines de Brest, Rennes et Nantes, permettant de les relier aux réseaux national, européen et international.

Faut-il rappeler que ce qui prime de nos jours pour assurer une véritable attractivité,  ce n’est plus tant les distances en  kilomètres que les temps de transports.

Ici même M. le Président, dans cette enceinte métropolitaine, nous avions recherché toutes les voies possibles du consensus. Nous nous étions ralliés, dans un esprit constructif, à la variante bleue aménagée malgré les limites évidentes du projet soumis au Débat public.

Nous l’avons fait de manière responsable,  parce que nous pensions que seule l’unité des forces politiques aux côtés des acteurs économiques de la Bretagne Occidentale était de nature à peser sur les choix du gouvernement.

Or, nous l’avons vu à nos dépens, une fois acquise la réalisation tronçon Le Mans Rennes, les discours et les décisions qui ont suivi ont subrepticement changé d’orientation.

Exit la LGV, nous l’avons vu en janvier dernier, pour nous proposer, dans un habile camouflage, une  « diffusion » de la grande vitesse pour toute la Bretagne. On parle de dessertes, d’aménagements divers ; de lignes nouvelles, on ne parle plus.

En fait, le gouvernement a abandonné le désenclavement  breton dans le cadre de notre territoire national et de l’espace européen.

En abandonnant la perspective de construire de nouvelles lignes ferroviaires, à la suite du Débat public où les questions ont été mal posées, vos amis ont pris un risque grave pour l’avenir de la Bretagne.

C’est dans ce contexte qu’il faut replacer le débat de l’aéroport du grand ouest.

Sans la poursuite de la LGV et l’achèvement de la RN164, la création du nouvel aéroport et sa desserte vers Nantes et Rennes risquent de reléguer encore un peu plus la pointe bretonne.

Ne voit-on pas que le Finistère, naguère l’une des zones économiques les plus dynamiques, s’enfonce dans la crise, et pas seulement agricole ?

Nous, métropole brestoise, sommes engagés dans le cadre du pôle métropolitain Loire-Bretagne dans une coopération avec Rennes, Nantes, Saint-Nazaire et Angers. L’accessibilité est l’un des deux « axes de mobilisation prioritaires » comme vous nous l’exposez dans votre rapport n°18. Vous envisagez des études pour « structurer les messages » (sic). Faut-il comprendre des éléments de langage pour expliquer pourquoi on ne fait pas ?

De ces malheureuses péripéties, ne peut-on tirer quelque chose de positif et proposer au gouvernement  de créer un nouveau consensus sur une vision partagée d’un aménagement du grand ouest qui redonnerait toutes ses chances à la pointe bretonne.

La métropole brestoise est naturellement porteuse d’une telle ambition et le groupe RPB est prêt à y apporter sa contribution.